Courrier des lecteurs- Nanie Ratsifandrihamanana- L'Express de Madagascar du 25 octobre 2019 : « Et maintenant les sauterelles… » | WWF

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Courrier des lecteurs- Nanie Ratsifandrihamanana- L'Express de Madagascar du 25 octobre 2019 : « Et maintenant les sauterelles… »

La sauterelle du Menabe, de nom scientifique Tetefortina lohenae est “une sauterelle rare et endémique de la côte ouest de Madagascar (région de Menabe).

Courrier des lecteurs par Nanie Ratsifandrihamanana - L'Express de Madagascar du 25 octobre 2019

Etant incapable de voler, sa capacité de dispersion (NDLR: et donc de migrer sous des cieux plus cléments lorsque son habitat naturel est détruit) est donc limitée. La principale menace à la survie de cette espèce est la déforestation, causée par l’agriculture sur brûlis. Entre 2007 et 2017, près de 34 pourcent de l’habitat forestier de cette espèce a disparu. La déforestation dans cette zone s’est tragiquement accélérée au cours des dernières années, passant de 0,3 pourcent en 2001 à 10,5 pourcent en 2016.  Les projections estiment que cette forêt aura complètement disparu d’ici 2027 si la déforestation continue. Sur cette base, il est estimé que la population de la sauterelle de Menabe  aura réduit d’au moins 90 pourcent d’ici 2027»[1].

Tetefortina lohenae a ainsi fait son entrée dans la Liste Rouge de l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) en tant qu’espèce en danger critique en juillet 2019. Sa photo a fait le tour des media, avec celle de quelques autres animaux et plantes partageant son triste sort. En tout, ce sont 28.000 espèces que l’UICN a listé comme étant en danger d’extinction, sur plus de 100.000 espèces évaluées. Depuis la dernière mise à jour de la liste rouge l’an dernier, aucune espèce n’a vu son statut de conservation s’améliorer. Pour Madagascar, en plus de Tetefortina l., 23 espèces de bois de rose et de palissandre des forêts sèches ont aussi rejoint cette liste rouge…
Entre 80 et 90% des animaux et plantes de Madagascar sont uniques au monde. Beaucoup n’existent que sur quelques kilomètres carrés de forêt ou de marais ; beaucoup risquent l’extinction au moindre coup d’allumette. Combien ont pu disparaître avant même avoir été « découverts » par les scientifiques ? Nous ne le saurons jamais vraiment…

2027 c’est déjà demain, c’est pourquoi il nous faut agir maintenant. Pas seulement à coups de bâtons –, mais en trouvant de vraies solutions durables pour les hommes et femmes et pour la nature.  Des solutions pour mettre fin à la pauvreté qui pousse les plus vulnérables à des activités illégales comme brûler et défricher les forêts ou couper des bois précieux pour une maigre rémunération ; des solutions pour mettre fin aux pratiques corrompues de ceux qui profitent de ces plus vulnérables pour s’enrichir sur le dos de la nation ; des solutions pour que la croissance économique ne se fasse pas au détriment de la nature – notre seul capital réel pour affronter les années à venir.
Comme l’a si bien dit le Pape François, notre nature unique est  «particulièrement menacée par la déforestation excessive au profit de quelques-uns; sa dégradation compromet l’avenir du pays et de notre Maison commune».
Oui, il faut agir maintenant. Pas seulement à coup de déclarations d’intention, mais avec des stratégies claires, de vrais plans, des investissements et l’action collective. Nous devons, nous malgaches, petits et grands, hommes et femmes, citadins et ruraux, forger un nouveau pacte avec notre nature. Il y va de notre avenir.

Pour Tetefortina l., comme pour nous tous, au sens propre comme au sens figuré, «Ny valala tsy indroa mandry am-bavahady » ….
 

[1] Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN), juillet 2019