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La jeunesse malgache s’engage pour la biodiversité

D’ici la fin de cette « super-année 2020 », un Nouveau Cadre Mondial pour la Biodiversité sera adopté par la communauté mondiale lors de la quinzième conférence des parties (COP-15) de la Convention des Nations Unies sur la Diversité Biologique (CBD) à venir et nous devons tous être d’accord sur comment nous allons gérer notre biodiversité, que nous soyons membres du gouvernement, industriels, agents d’une ONG, simples citoyens, adultes ou … jeunes. Car en effet, les décisions prises actuellement se feront ressentir demain par la génération actuelle de jeunes et les générations à venir.

Pour atteindre sa vision d’ici 2050 de « vivre en harmonie avec la nature », et réaliser ses trois objectifs principaux, à savoir (i) conserver la diversité biologique, (ii) assurer l’utilisation durable de la biodiversité et de ses composantes, (iii) assurer le partage juste et équitable des bénéfices générés par l’utilisation des ressources génétiques, la CBD a mis en place un plan stratégique décennal en 2010 composé des 20 Objectifs d’Aichi.

Malgré les efforts déployés par tous les acteurs, la biodiversité se dégrade à un rythme alarmant, exacerbant les défis socio-économiques auxquels nous devons faire face. Les Objectifs d’Aichi ne sont pas atteints et sont arrivés à péremption. Pour rectifier le tir, un nouveau plan stratégique meilleur, plus ambitieux, et plus efficace doit être décidé et deviendra le Nouveau Cadre Mondial pour la Biodiversité de l’Après-2020 (Post2020 GBF). Ainsi, entre deux COPs, d’intenses négociations et plaidoyers officiels et officieux sont déjà entamés au cours desquels chaque acteur essaie de faire refléter sa position et ses intérêts dans le nouveau cadre. Depuis fin 2019, Malagasy Youth Biodiversity Network (Malagasy YBN) assiste à plusieurs négociations internationales, participe à la mise en place de la position nationale et entame une série de consultations de la jeunesse malgache sur le Post2020 GBF qui alimenteront la position mondiale des jeunes à travers Global Youth Biodiversity Network.

Le 17 et 18 février derniers, en collaboration avec TAFO MIAHHAVO (Tambazontran’ny Fokonolona Mitantana Harena Voajanahary), Malagasy YBN a organisé une consultation nationale des communautés locales et de la jeunesse sur le Zero Draft du Post2020 GBF. Le Zero Draft étant l’ébauche zéro du nouveau plan stratégique, proposé par le secrétariat de la CBD sur la base de consultation des pays ayant ratifié et d’autres acteurs. Un document initial relatant la position des jeunes malgaches sur le Zero Draft Post2020 sera bientôt largement diffusé, ouvert à commentaires, et continuellement mis à jour avec les autres consultations à venir.
En général, l’intérêt de la jeunesse est porté sur l’aspect de la durabilité et de l’équité du cadre pour garantir un meilleur impact pour les jeunes générations et celles à venir. Ces intérêts touchent au domaine de la responsabilisation, de l’amélioration de la qualité de l’éducation, de l’intégration des jeunes et des autres groupes, de la cohérence du cadre avec les réalités du pays, et de la promotion d’une gestion de qualité pour la biodiversité.

Pour la jeunesse malgache, la structure du Post2020 GBF devrait  utiliser un langage simple, clair, bref, engageant exprimant la finalité de chaque objectif pour faciliter sa compréhension, sa mise en œuvre et son appropriation par tous les acteurs. Les jeunes ont aussi fortement insisté pour que le cadre adopte et reflète concrètement une approche basée sur le droit dans son ensemble afin de garantir les droits fondamentaux humains à un environnement sain, sécurisé, et durable, assurer les droits de la Nature pour abandonner l’approche d’appropriation brute de cette dernière, assurer l’accès à l’information environnementale, la protection des défendeurs de l’environnement, ainsi que la participation effective des populations locales, des femmes et des jeunes.

Dans un souci de durabilité, les jeunes ont pointé sur la nécessité de renforcer les sections du cadre concernant le processus de suivi de sa mise en œuvre ainsi que la vigilance face au phénomène de « paper parks ». Pour nous, les efforts de conservation et de restauration des écosystèmes ne doivent jamais être séparés de la qualité de gestion menée au niveau de chaque site, vu que l’établissement du statut d’aire protégée n’est pas une fin mais seulement une étape. Nous avons également plaidé pour la flexibilité dans la détermination du pourcentage des zones riches en biodiversité sous conservation stricte car des communautés locales vivent dans la majorité de ces zones.

Naturellement, l’accent a été mis sur la justice intergénérationnelle, l’essence même du concept du développement durable, afin qu’elle figure en tant qu’objectif à part entière. La justice intergénérationnelle admet que toutes les générations partage des responsabilités communes et différentiées dans l’assurance d’une planète saine pour chaque génération. Ainsi, c’est un rappel pour que les preneurs de décision actuellement soient redevables pour leurs choix et reconnaissent, respectent, entendent et permettent aux jeunes générations d’être intégrées dans les processus de prise de décision à tous les niveaux.

L’éducation et les connaissances traditionnelles ont été aussi au cœur des préoccupations de la jeunesse, d’où une proposition de reformulation d’un des objectifs du cadre sur l’éducation en faveur d’une éducation transformative qui inclue à tous les niveaux scolaires les thématiques de la biodiversité, de la durabilité et du patrimoine culturel, et qui présente un caractère conservatif des connaissances traditionnelles.
Les résultats préliminaires de cette consultation ont été restitués au MEDD et d’autres acteurs lors du 18 février et nous avions reçu un feedback intéressant que nous allons intégrer dans notre position et stratégie. Pour y faire suite, nous prévoyons de mettre ne place une stratégie de plaidoyer et un plan d’action pour obtenir la mise en place de mécanismes ou de programmes de renforcement de capacité, de mise à disposition de moyens, et d’intégration des jeunes dans les processus de prise de décision.

Sanda Anjara Rakotomalala, Malagasy Youth Biodiversity Network