What would you like to search for?

Nos Nouvelles

Urgence climatique et crise énergétique mondiale : quelle voie pour Madagascar ?

Le dernier rapport du GIEC (Groupe d'expertsintergouvernemental sur l'évolution du climat) intitulé « Climate Change 2022 : Mitigation of Climate Change » vient de sortir.

Le rapport nous alarme sur l’urgence de mettre  à l’échelle les solutions climatiques pour contrer la hausse des émissions de gaz à effet de serre.
Il révèle que les émissions de gaz à effet de serre entre 2010 et 2019 ont été plus élevées que toute autre décennie dans l'histoire de l'humanité. Il nous reste très peu de temps pour limiter le réchauffement de la planète à 1,5°C ; au-delà de ce seuil, les impacts du changement climatique seront irréversibles. Cette dure réalité est en premier lieu due aux énergies fossiles polluantes qui alimentent encore nos systèmes énergétiques, ainsi qu’au carbone relâché dans l’atmosphère lorsque les écosystèmes naturels sont détruits.
Les émissions de gaz à effet de serre doivent être réduites de 60% d’ici 2030, soit d’ici huit petites années.  Mais nous avons encore le choix, d’autant plus que des options de réduction des émissions existent. Mettre en œuvre ces options permettrait de placer l’humanité sur une trajectoire de développement plus durable, à faible émission, donc avec moins d’impacts climatiques associés,
Le changement climatique évolue plus vite que nous. En 2019, le pétrole contribuait à 33%, le gaz à 21%, le charbon minier à 39% des émissions des 36.4 Gt de CO2. Sortir rapidement des énergies fossiles est vital ! Cela l’est d’autant plus que transformer nos systèmes et sortir des énergies fossiles est non seulement bon pour le climat, mais peut également nous aider à nous extirper de la crise énergétique mondiale. En effet, les cours mondiaux du pétrole, du gaz et du charbon minier n’ont cessé de grimper depuis le début de l’année 2021. Plusieurs facteurs géopolitiques (le plus récent étant la guerre en Ukraine), géoéconomiques, et technicoéconomiques en sont la cause. Tous les pays sont menacés dans leur sécurité énergétique et par ricochet dans leur économie compte tenu de la trop forte dépendance aux énergies fossiles, même si les énergies renouvelables prennent petit à petit leur place.

Madagascar ne fait pas exception.
Nous subissons de plein fouet les impacts du changement climatique, pour ne citer que l’aggravation des inondations et de la sécheresse, l’augmentation de la fréquence des cyclones, et l’érosion côtière. Malheureusement, nos écosystèmes naturels qui pourraient nous aider à faire face aux effets du changement climatique, se détériorent rapidement du fait d’activités anthropiques diverses ; les efforts consentis pour préserver ces écosystèmes ne sont pas encore suffisants en termes d’échelle et ne suivent pas le rythme de dégradation.
Coté énergie, bien que la transition énergétique soit enclenchée, environ 60% de l’énergie électrique que nous consommons est encore obtenue à partir de la combustion de carburants fossiles importés sans que cela ne permette l’accès de tous et de manière durable à l’électricité. Sur le réseau interconnecté, le coût de revient de l’électricité est ainsi cher, et le prix pratiqué au niveau des consommateurs est subventionné ce qui n’est pas viable dans le temps. Nous dépendons également des produits pétroliers pour tous nos besoins de transport. Nous avons, certes, des gisements de pétrole, de gaz, et de charbon minier qui pourraient, en premier réflexe, nous aider à sortir de la dépendance aux importations.  En réalité, investir dans l’exploration et exploitation de ces gisements est devenu de moins en moins viable et donc risqué économiquement, mis à part que nous ne ferions, entre autres, que contribuer à l’accélération du changement climatique.
Par ailleurs 90% de la population ont recours au bois de feu ou au charbon de bois en tant qu’énergie de cuisson. Or, dans la plupart des cas, ces bois obtenus de manière illégale participant significativement à la dégradation de nos forêts qui sont déjà mises à mal par les défrichements liés à l’agriculture itinérante sur brulis.

Comme le souligne le rapport du GIEC, et Madagascar n’est pas en reste, nous connaissons les solutions et nous avons le choix de notre futur. « La meilleure voie à suivre, au regard de l’urgence climatique et de la crise énergétique mondiale, est d’accélérer l’indépendance énergétique du pays en optimisant nos systèmes de consommation et en exploitant les ressources énergétiques renouvelables locales. Nous devons maintenir ce cap, ainsi que celui de l’accès à l’énergie pour tous, contre vents et marées, tout en veillant à la préservation des écosystèmes naturels garants de notre résilience au changement climatique » rappelle Voahirana Randriambola du WWF. 

Pour le secteur Energie, le choix doit se porter vers le développement de systèmes énergétiques à faible émission. Par exemple, nous pouvons accélérer le développement de l’électricité « verte » (s’entend ici énergie renouvelable associé à des mesures d’efficacité énergétique) pour tous, y compris dans les villages les plus reculés : notamment, des plans et des programmes existent pour cela, il s’agit d’accélérer leur mise en œuvre. Nous pouvons accélérer le développement de l’énergie de cuisson durable suivant les orientations de la Stratégie Nationale d’Approvisionnement en Bois Energie, ce qui signifie en particulier accélérer la mise à l’échelle de pratiques durables le long de la chaîne de valeur bois énergie pour un triple impact : disponibilité d’une énergie de cuisson durable et abordable, préservation de l’intégrité de nos forêts en tant que réservoir de carbone, et en tant que solution d’adaptation au changement climatique. Nous pouvons développer des systèmes de transport permettant de limiter la demande croissante en carburants fossiles. Etc. Les solutions ne manquent pas, mais il ne faut pas traîner. Et au-delà du secteur Energie, nous pouvons faire des choix d’investissements « climatiquement intelligents ».