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Sauvons les zones humides !

Les zones humides de Madagascar sont fragiles et se dégradent à une vitesse alarmante. Pourtant, elles supportent l’économie nationale et abritent de multiples espèces endémiques et en voie de disparition. Des actions concrètes sont primordiales pour renverser cette tendance.

Les zones humides et eaux continentales de Madagascar s’étendent sur 5 339 km². Elles sont constituées de fleuves, rivières et cours d’eaux ; de lacs, de marais et marécages ainsi que des lagunes, estuaires, mangroves et les milieux marins ne dépassant pas les 6 m de profondeurs.
 
Pour Madagascar, le réseau hydrographique austral est formé de cours d’eau permanents au régime torrentiel, caractérisé par des eaux troublants. Tandis que dans la partie occidentale, le plateau descend vers les côtes de façon progressive, présentant des plaines sédimentaires avec un réseau hydrographique complexe.
 
Ces milieux procurent de multiples biens et services. Du point de vue économique, les zones humides et les eaux d’intérieurs supportent divers secteurs notamment l’agriculture, la pêcherie, l’artisanat, l’industrie, le transport, le tourisme, l’énergie, l’eau et l’assainissement.
 
Le secteur de la pêche occupe une place importante dans l’économie malagasy. Le potentiel halieutique de notre pays est estimé à 480.000 tonnes dont 300.000 tonnes d'intérêt commercial pour l’ensemble de la pêche maritime et continentale (MAEP, 2015).   De l’autre côté, l’agriculture dépend aussi de la disponibilité de l’eau rendu par les zones humides. 35 millions d’hectares de terres sont potentiellement propices pour l’extensification des cultures vivrières, aux grandes cultures et autres grandes productions (MAEP, 2015). L'agriculture tourne autour du riz avec une superficie cultivée de 1,2 millions d’hectares qui représentent 60% des terres cultivées. Elle est pratiquée par plus de 2 millions de ménages soit, 85% des ménages agricoles (MAEP, 2015). L'agriculture commerciale est concentrée le long de la côte Est et dans le nord où le café, la vanille, le girofle et le litchi constituent les principales cultures de rente.
 
Les zones humides constituent aussi la principale source d’eau potable pour de nombreux ménages. En même temps, elles fournissent de multiples biens, y compris le bois, les matériaux de construction, les fibres, le combustible, le fourrage, les produits génétiques utilisés dans la médecine. Les fibres et roseaux que procurent les zones humides aux membres des communautés locales sont utilisés pour l’artisanat, pour les constructions locaux (nattes, toiture de maison, clôtures ...).
 
Sur le plan écologique, les zones humides contribuent dans la régulation du climat, dans le maintien des régimes hydrologiques, dans la lutte contre les pollutions et dans les processus de formation des sols. Finalement, elles servent d’habitats pour de nombreuses espèces endémiques et menacées de Madagascar. Pour les oiseaux, 63 espèces sont liées aux milieux aquatiques continentaux et 18 d’entre elles sont endémiques à Madagascar ; pour les plantes, 133 espèces menacées se trouvent dans ces milieux fragiles ; 50 espèces de poissons et 15 espèces de mollusques sont également classées menacées selon IUCN.
 
Pourtant, les zones humides malagasy continuent de se dégrader : environ 60% des zones humides dans les hauts plateaux ont disparus depuis 1950 (Bamford, 2017) ; 80% des marais et marécages ont été convertis en rizières et plus de 20% des mangroves ont subi une dégradation et une déforestation massive depuis 1990 (Blackham et al, 2018).
 
Les causes de la dégradation et de la perte de ces habitats sont nombreuses : la conversion en terres arables qui s’accentue avec la croissance démographique gallopante, l’augmentation des demandes en production agricole et en production de ressources halieutiques ; le processus d’ensablement et de sédimentation dû aux à la déforestation et au changement d’affectation des terres se multiplient incessament ; les cas de remblayages qui se manifestent autour des grandes villes pour subvenir aux besoins d’habitation ; les pollutions (biologiques, chimiques ...), les feux de brousses ...
Mener des actions concrères pour renverser ces tendances nécessite l’engagement de tous en soutien à l’état pour la gestion et l’utilisation durable des ressources naturelles des zones humides, pour le bénéfice commun des malagasy et de la nature.
 
Par  Harison ANDRIAMBELO
Directeur Pays (ONG Wildfowl & Wetlands Trust)