Crises sanitaires : la nature nous parle ! | WWF

What would you like to search for?

Crises sanitaires : la nature nous parle !

De nombreuses institutions n’ont pas manqué de lier la crise sanitaire actuelle à la dégradation de l’environnement. Quels sont exactement les liens entre pandémies et environnement ?

Article d'opinion de Nanie Ratsifandrihamanana sur l'Express de Madagascar,

C’est ce que le livre de Sonia Shah, journaliste scientifique de renom, intitulé Pandémie[1], explique à travers des exemples édifiants. L’auteure remonte le fil de l’histoire, celle de la science médicale mais aussi celle des sociétés humaines, pour nous faire comprendre comment sont apparues les épidémies passées et comment les activités humaines sur l’environnement jouaient un rôle déterminant, bien que souvent peu reconnu.
 
Tout d’abord, il faut savoir qu’au cours des cinquante dernières années, plus de trois cent maladies infectieuses ont émergé ou ré-émergé dans des endroits où elles n’avaient pas existé avant. Des années avant les premiers cas de COVID-19 à Wuhan, 90% des épidémiologistes avaient prédit l’inévitabilité d’une nouvelle pandémie, causée par un virus connu ou un tout nouveau virus comme l’actuel coronavirus.

Ensuite, nous portons tous pleins de microbes en nous et il en va de même pour toutes les autres espèces. Lorsque ces microbes restent dans le corps dans lequel ils ont évolué, ils ne causent pas de maladies. Ainsi, ni Ebola ni coronavirus ne rendent les chauves-souris malades. Par contre, ils causent des maladies dans notre corps car ils sont nouveaux pour nous – ils exploitent un nouvel habitat. Les échanges d’agents pathogènes vont dans les deux sens – animal à homme et vice-versa. Selon Shah, nos politiques environnementales ont construit des routes plus courtes entre les animaux sauvages et nous. En coupant les forêts pour construire nos villes, nos usines, nos mines, etc. nous avons détruit l’habitat d’autres espèces, parfois même causé leur disparition. Les espèces qui survivent à l’action de l’homme doivent se contenter des fragments d’habitat naturel qui leur restent ou envahir celui de l’homme.
Le premier cas d’Ebola en 2014 était celui d’un enfant de deux ans en Afrique de l’Ouest, qui jouait près d’un arbre où vivaient des chauves-souris. Ces chauves-souris vivaient normalement en forêt mais celle-ci ayant reculé par le feu et la scie, elles sont venues se percher dans les arbres près des habitations humaines…  

Un autre exemple décortiqué par l’auteure est celui du virus du Nil Occidental, un virus qui vient d’oiseaux migrateurs d’Afrique. Depuis des siècles, les ornithologues savaient que ces oiseaux se posaient saisonnièrement en Amérique du Nord, mais le premier cas de la fièvre n’y est apparu qu’en 1999. Pendant longtemps, les espèces d’oiseaux domestiques qui rentraient en contact avec ces oiseaux migrateurs étaient suffisamment diversifiées, avec notamment des populations saines de pic verts et de râles, qui sont de mauvais porteurs du virus. Mais avec l’urbanisation, la diversité des oiseaux a diminué, les pic verts et râles sont devenus de plus en plus rares et ont été progressivement remplacés par les corbeaux et les rouges-gorges, qui sont des espèces généralistes, capables de vivre dans tout type d’environnement dégradé, et qui eux, sont de bons porteurs du virus. Et c’est ainsi qu’un moustique aurait pu piquer un oiseau infecté puis un être humain, et des milliers de gens sont malades chaque année en Amérique du Nord…

Le cas de la maladie de Lyme, une maladie infectieuse qui se transmet par les tiques, est un autre exemple parlant. Cette maladie est apparue il y a plusieurs siècles. L’auteure fait le lien entre l’expansion de la maladie aux Etats-Unis à l’avancée des banlieues et au recul de la forêt qui en a résulté au cours des cinquante dernières années. Ce recul de la forêt a perturbé l’équilibre de la composition des espèces, et les opossums et tamia (petit rongeur) qui peuplaient la forêt, ont été remplacés par des souris et des cerfs. Or, il se trouve qu’une souris normale détruit 50 tiques par semaine contre un opossum qui en détruit des centaines et des centaines par semaine simplement en faisant sa toilette. Les tiques ont donc dû se trouver un nouvel habitat et la maladie s’est répandue d’un bout à l’autre des Etats-Unis…

Selon les experts, l’actuel coronavirus viendrait de chauve-souris et auraient contaminé l’homme en passant par un hôte intermédiaire qui n’a pas été identifié pour l’instant mais que l’on soupçonne s’être trouvé sur le marché d’animaux vivants de Wuhan…

A tout cela, on peut ajouter les impacts du changement climatique qui en perturbant les saisons et les aires de répartition des espèces, en causant des migrations humaines, risque de favoriser l’émergence de nouvelles maladies ou leur réapparition dans des endroits nouveaux et peu préparés. Et tout cela est facilité par l’expansion du réseau aérien mondial, la promiscuité des villes, le manque d’assainissement dans certaines etc.
Aujourd’hui notre priorité absolue et commune est de vaincre le COVID-19, et je salue de tout cœur tous les efforts fournis par tous – Etat, collectivités, secteur privé, société civile, citoyens. Mais il nous faudra plus tôt que tard nous préparer à l’après-COVID-19. Nous devons comprendre que les pandémies, comme les catastrophes climatiques, sont liées à notre énorme empreinte écologique sur la planète.  Nous avons fait un large usage de nos ressources naturelles et le COVID-19 nous montre aujourd’hui quel en est le prix à payer. Pour l’avenir, il nous faut renouveler notre lien avec la nature, respecter les besoins des autres espèces, stopper tout commerce illicite d’espèces, préserver et restaurer les écosystèmes naturels, préserver la biodiversité. En protégeant la nature, nous nous protégeons nous-mêmes.
 
[1] SHAH, Sonia. Pandemic: Tracking Contagions from Cholera to Ebola and Beyond. Ed. S. Crichton. 2016. 288 p.