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Crises et résilience

Le 27 avril dernier, la société civile tirait la sonnette d’alarme sur l’intensification des crimes environnementaux dans les aires protégées pendant la période d’urgence sanitaire nationale - message renforcé par le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable sur ses réseaux sociaux.

Article d'opinion de Nanie Ratsifandrihamanana sur l'Express de Madagascar,

Les crises passées, qu’elles aient été politiques, climatiques ou autres, ont toujours eu un effet néfaste sur les ressources naturelles et en particulier les aires protégées – derniers remparts protégeant les animaux et plantes uniques du pays. Ainsi, les crises politiques  comme celles de 2002 et 2009, les périodes de sécheresses prolongées, certains cyclones majeurs se sont traduits, entre autres, en une augmentation de la déforestation. 
 
Comment ? Lorsqu’une crise perturbe l’économie, ce sont les groupes les plus vulnérables qui en font les principaux frais. Les communautés locales enclavées, vivant autour des aires protégées et dont les activités économiques dépendent des ressources naturelles sont particulièrement vulnérables. Lorsque la production baisse à cause d’un aléa climatique, ou lorsque des barrages routiers ne permettent plus de vendre les produits ou encore lorsque les touristes ne viennent plus, ces communautés se retrouvent très vite sans autre alternative que de puiser dans les forêts, les récifs, les mangroves et lacs pour y trouver la nourriture, les combustibles, les médicaments, dont elles ont besoin chaque jour. A cela vient s’ajouter le fait qu’en temps de crise, la vigilance peut être relâchée, laissant porte ouverte aux infractions plus organisées comme les exploitations illicites de bois, les collectes de tortues à grande envergure, et bien d’autres.
 
Certes – et Dieu merci – le COVID-19 n’a, à ce jour, pas touché les populations dans les zones reculées autour des aires protégées mais ses impacts économiques sont hélas bel et bien là. Des enquêtes récentes auprès de ces communautés montrent qu’elles subissent déjà des baisses de revenus car elles n’arrivent plus à écouler leurs produits agricoles ou de pêche à cause de la difficulté des déplacements ou encore parce que les touristes ne viennent plus ; les produits de première nécessité sont en pénurie ou vendus à prix double voire triple. Ceux qui peuvent emprunter s’endettent déjà et d’autres pratiquent le troc, les semences pour la prochaine saison agricole sont consommées ou encore c’est le nombre et la quantité des repas au quotidien qui sont réduits. Les signes d’une crise environnementale sont là. Lorsqu’il n’y aura plus d’autre recours, ce seront les forêts, les mangroves, les récifs qui en feront les frais -  et ainsi va le cercle vicieux, puisque la dégradation de ces ressources naturelles ne fera qu’aggraver cette situation de vulnérabilité, à l’avenir.
 
Pourquoi ? Question de résilience –  en écologie, « capacité d’un écosystème ou d’un groupe d’individus à se rétablir après une perturbation comme un cyclone (ou une pandémie) » et en psychologie, « capacité d’un individu à rebondir après un traumatisme, une crise ». Pour accroître cette résilience, il est aujourd’hui urgent de couvrir ces besoins immédiats engendrés de la crise sanitaire actuelle. Mais il faudra aussi agir contre les causes structurelles de la vulnérabilité de ces populations à travers des investissements ciblés pour les sortir de cette logique de subsistance qui ne fait qu’entretenir pauvreté et dégradation de nos richesses naturelles. De telles mesures devraient faire partie des plans de mitigation et de relance post-COVID-19 actuellement en élaboration – afin que la relance soit inclusive et durable et qu’elle n’entraîne pas une autre spirale de dégradation des ressources sur lesquelles l’économie du pays dépend. Ce n’est qu’en traitant le fonds du problème que nous le résoudrons. Les mesures de répression et les politiques de zéro tolérance sont des efforts louables pour limiter les impacts environnementaux de cette crise, mais à elles seules, elles ne serviront qu’à retarder l’inévitable.
 
Une nature en bonne santé est garante de résilience qu’elle soit d’ordre économique, sociale ou même sanitaire – puisqu’il est maintenant scientifiquement prouvé que la dégradation de l’environnement est un facteur facilitant l’apparition de nouveaux agents pathogènes chez l’homme. Nous traversons actuellement une crise sanitaire, peut-elle nous réveiller et nous inciter à éviter d’autres à venir ?