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Les législations sur les mangroves tiennent-elles compte des réalités ?

Les mangroves de Madagascar d’une superficie d’environ 236,402 ha (WWF, 2019) sont un des écosystèmes les plus productifs de la grande île.

Les  productions halieutiques et forestières issues des mangroves s’élèvent en moyenne à 23 613 $ / ha / an et à 38 115 $ / ha / an (Salem & Mercer, 2012). Selon les données du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche en 2021, elles génèrent un PNB de 24.8 milliards d’ariary en une année si on ne parle que des revenus issus de la pêche aux crabes, tributaire de cet écosystème. La gouvernance de ces ressources n’est pas encore effective malgré les efforts déployés. Depuis 1995, et ce jusqu’à aujourd’hui,  on observe une perte importante de couverture : 74,050 ha au total pour l’ensemble du pays soit 23.85% de la couverture totale (WWF, 2019).

Auparavant, cet écosystème n’était pas considéré comme étant important, contrairement aux autres écosystèmes comme les forêts terrestres. C’est seulement à partir de l’année 2000 que les acteurs ont commencé à s’intéresser à sa gestion. Deux grands aspects sont identifiés parmi les facteurs majeurs de cette perte malgré les objectifs ambitieux définis pour la gestion durable de cet écosystème très productif. 

En termes de gestion des ressources naturelles en général à Madagascar, les moyens disponibles ne sont pas suffisants pour le garantir. Le budget alloué par l’État pour les activités de gestion de l’environnement en général est mince et ne permet ni de couvrir les besoins, ni d’atteindre les objectifs fixés. De ce fait, les agents de l’État n’arrivent pas à assurer leur rôle régalien dans les zones abritant des mangroves. Par exemple, l’administration en charge des forêts ou de la pêche qui est en même temps l’administration en charge des mangroves ne dispose même pas d’une pirogue ou d’une vedette pour assurer ses activités dans les mangroves qui consistent en l’application des lois. Pourtant, ce rôle ne peut pas être joué par d’autres acteurs, les communautés gestionnaires par exemple,  ou les partenaires promoteurs de la gestion durable de ces ressources. C’est une première raison pour laquelle les infractions existent encore. À part cette insuffisance de moyens, les politiques nationales pour la gestion durable des mangroves ne sont pas claires. L’écosystème de mangroves est spécifique : il est un habitat d’espèces aquatiques, méritant d’être protégé ; mais il est aussi une zone d’approvisionnement pour les communautés locales. Les législations en vigueur tiennent-elles comptent de ceci ? D’un côté, un arrêté interministériel (n°32100-2014 du 24 Octobre 2014) interdit toute forme de coupe de bois de mangroves. Pourtant, d’un autre côté, les communautés locales gestionnaires de ressources naturelles sont autorisées, à travers des droits d’usages à les exploiter, bien évidemment de manière durable (GELOSE n°96-025). D’ailleurs ces communautés dépendent de plus en plus des mangroves. Que dire ? Il est clair que les législations actuelles ne sont pas complémentaires… elles sont contradictoires.

L’accès limité aux ressources démotive les communautés car les avantages qu’elles devaient tirer de la gestion de ces ressources sont limités. De plus, les opportunités socio- économiques existant ne peuvent pas combler les besoins des communautés. En conséquence,  elles ont recours à l’exploitation de mangroves qui sont une solution pour subvenir aux besoins des ménages via la fabrication de charbon dans les mangroves par exemple. Pour le cas de Menabe particulièrement, les matières premières pour produire du charbon dans la partie terrestre sont rares à cause du défrichement. Ceci pousse les populations à se déplacer et se rapprocher des mangroves. En somme, l’insuffisance des moyens de travail, le pouvoir limité des communautés gestionnaires de ressources naturelles sont une autre raison qui favorise  les infractions.

Si des mesures adéquates et adaptées au contexte actuel ne sont pas prises immédiatement, la dégradation va s’accélérer, et tous les biens et services fournis par cet écosystème riche vont diminuer voire disparaitre.

Article d’opinion de Judicael Rakotondrazafy, spécialiste de la gestion communautaire des ressources naturelles - WWF Madagascar