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Changement climatique : l’humanité, à la fois cause et solution

"Il est sans équivoque que l'influence humaine a réchauffé l'atmosphère, les océans et les terres".

Cette affirmation ne contient pas l’ombre d’un doute et elle vient du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) qui a sorti le 9 août dernier, son rapport intitulé « Changements climatiques 2021 : les éléments scientifiques ». Ce langage direct et affirmatif diffère quelque peu des précédents qui parlaient de « très forte probabilité ». C’est que la science ne cesse d’évoluer et les scientifiques peuvent maintenant établir des relations de cause à effet entre les activités humaines et la fréquence et l’intensité des catastrophes naturelles. Inondations en Chine et en Allemagne, vagues de chaleur aux Etats-Unis, feux en Grèce, en Turquie et en Italie, et chez nous, la sécheresse prolongée dans le Sud, tous ces évènements sont désormais clairement liés aux émissions de gaz à effet de serre résultant de l’activité humaine.

A quoi demain ressemblera-t-il ? Tout d’abord, les températures vont continuer d’augmenter. Selon les scénarii étudiés par le GIEC, les fameux 1.5 degrés Celsius d’augmentation pourraient bien être atteints ou même dépassés entre 2021 et 2040 – selon les estimations plus probablement au début des années 2030. Avec des mesures drastiques de réduction des émissions de CO2, l’humanité pourrait encore limiter l’augmentation de la température moyenne à 1,6 °C d’ici la moitié du XXIème siècle et l’amener à 1,4 °C d’ici 2100, c’est le scénario le plus optimiste. Même avec cela, le système climatique est déjà suffisamment affecté et les effets continueront à se faire sentir. Ensuite le niveau des mers va continuer à augmenter pendant des centaines ou des milliers d'années. Même si le réchauffement de la planète était stoppé à 1,5 °C, le niveau moyen des mers s'élèverait de 2 à 3 mètres, voire davantage. Aucune région du monde ne sera épargnée par les impacts du changement climatique. Les évènements climatiques extrêmes tels que cyclones, sécheresses et autres vont s’intensifier en force et en fréquence.  Le coût de leurs conséquences sociales, économiques et humaines sera bien plus élevé que le coût de toutes les mesures d’atténuation et d’adaptation combinées.  Les forêts et les océans qui aujourd’hui absorbent plus de la moitié de nos émissions de CO2 sont menacés et pourraient ne plus rendre ce service si leur dégradation continue. Les effets combinés du réchauffement et de la dégradation pourraient transformer certains puits de carbone en sources d’émissions !

Dans ce sombre tableau, la seule lueur d’espoir viendra des choix que l’humanité fera – gouvernements, entreprises, individus, etc. – car selon ce rapport, inverser la tendance du réchauffement d’ici la fin du siècle est encore possible si, et seulement si, l’humanité change de façon radicale son mode de vie, de production, de consommation. Les scientifiques estiment au début de 2020 notre «budget carbone» - le montant total de CO2 que nous pouvons émettre tout en maintenant la possibilité de limiter le réchauffement à 1,5 °C - s’élevait à 400 gigatonnes de CO2; nous en émettons environ 36,4 par an donc il nous reste environ 10 ans avant que ce budget ne s’épuise. C’est donc aujourd’hui qu’il faut prendre les bonnes décisions, demain il sera trop tard.

Ce rapport, approuvé par 195 Etats, servira de base scientifique aux discussions de l’Assemblée Générale des Nations unies en septembre et aux négociations de la COP 26 en novembre à Glasgow. Espérons que pour une fois, la science l’emportera sur la politique et l’économie, car il en va de l’avenir de la planète.

La sécheresse prolongée dans le Sud et ses impacts humanitaires, sociaux et économiques sont hélas bien la preuve que le changement climatique est d’ores et déjà à l’œuvre. Si le changement climatique n’épargnera aucune région de la planète, la réponse et la capacité d’adaptation des pays seront différentes. Les pays nantis auront plus de moyens et de ressources pour faire face aux crises, déplacer, compenser, reconstruire et surtout s’adapter c’est-à-dire anticiper les futures crises et entamer une transition vers des économies à faible émission de carbone. Les pays moins nantis, comme nous, se retrouveront de plus en plus devant le dilemme de devoir faire face aux urgences et aux crises d’une part et de se développer durablement d’autre part. Ce qui nous attend nécessite de l’anticipation, de la préparation, de la planification et de l’action dès aujourd’hui, voire hier. Encore une fois, les écosystèmes naturels nous seront d’une aide précieuse, protéger ce qui reste de forêts, de marais, de mangroves, d’herbiers marins, et autres  doit rester l’absolue priorité, ensuite restaurer, planter et replanter ; trouver des alternatives durable au charbon de bois et aux pratiques agricoles non durables ; faire appliquer une gouvernance transparente, équitable et effective des ressources naturelles. Ce qui se passe aujourd’hui dans le Sud n’est qu’un avant-goût – oh combien amer – de ce qui pourrait nous attendre…
Article d'opinion de Nanie Ratsifandrihamanana