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"Reconnaître le rôle vital des communautés du fait de leurs connaissances du milieu et de leurs pratiques traditionnelles"

C'est une priorité pour la gestion de l’environnement à Madagascar.

Ce principe 22 de l’agenda 21 de Rio, 1992 est toujours d’actualité à Madagascar compte tenu du fait qu’aujourd’hui, il est reconnu que les efforts de mise en place de la gestion durable des ressources naturelles renouvelables et de la biodiversité sans réelle considération dans le concept et dans la mise en œuvre des pratiques traditionnelles, de l’identité, de la culture et des intérêts des communautés, effectués à Madagascar depuis plusieurs décennies n’ont pas que partiellement permis de stopper la perte de la biodiversité et la déforestation. La dernière estimation de la déforestation annuelle est autour de 100 000 ha par an alors que nombreuses sont les initiatives de protection des ressources naturelles mises en œuvre autour des zones forestières.
Est-ce parce que des initiatives ont été imposées aux communautés locales comme étant des idées alternatives et innovantes ? ou c’est par ce que comme disait Joseph Ki-Zerbo, « On ne développe pas, mais on se développe » ? Les connaissances et expertises extérieures imposées aux communautés méritent t elles d’être adaptées aux réalités et contextes du terrain et devraient être préalablement explorées dans toutes leurs dimensions et de façon holistique ? Et donner la légitimité aux communautés de l’idée et/ou du concept et de sa mise en œuvre est-il est la clé de réussite de la gestion durable des ressources naturelles ?
Les pratiques de ces dernières décennies ont montré que rares sont les initiatives qui ont été mises en œuvre à la demande des communautés locales et qui ont réellement considéré les besoins et les stratégies de ces dernières. Cette façon de travailler est dictée par le contexte des besoins de financement qui semble donner le pouvoir de négociation à ceux qui ont les moyens financiers et les pouvoirs de décisions. Cette situation affaiblit les acteurs locaux dont les communautés dans le choix et la priorisation des actions. Dans cette logique, des initiatives ont été présentées comme ayant été développées de façon « participative » avec des « consultations » à tous les niveaux mais dans la réalité les réelles préoccupations des communautés n’ont pas été que rarement considérées dans le concept final et dans la façon de la mise en œuvre sur terrain.
L’initiative de fabrication et d’utilisation de Filanjana pérenne en acier au lieu de bois utilisés pour l’évacuation des malades à titre d’amélioration des conditions de vie dans une zone forestière isolée du Centre Est de Madagascar n’a été par exemple que partiellement adoptée car très peu des membres des communautés qui les ont utilisés. Pour la majorité des membres de ces communautés, les Filanjana sont associés individuellement aux personnes malades transportées et, après chaque transport, ils sont systématiquement détruits pour effacer à jamais toutes les malédictions liées aux cas des malades évacués. C’est aussi une réussite discutable pour le cas d’une école construite dans un village pour améliorer le taux de scolarisation dans une localité des zones des cultures de décrue autour des zones forestières de l’Ouest de Madagascar. L’Ecole est seulement utilisée pendant la saison des pluies car les élèves quittent saisonnièrement le village pour suivre leurs parents dans les zones des cultures de décrue pendant la saison sèche. L’enseignement se fait à terre et autour des pieds d’arbres pendant cette dernière saison.
 
 
L’Etat a pris des initiatives ces dernières années pour renforcer et améliorer le cadre juridique et technique pour la reconnaissance du rôle vital des communautés pour la gestion de l’environnement à Madagascar pour ne citer que le cadre portant réglementation de l’accès et du partage des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques et les connaissances traditionnelles associées et celui de la gestion communautaire des ressources naturelles renouvelables.
Et même s’il ne s’agit pas d'une obligation légale, de plus en plus des partenaires techniques et financiers exigent aussi à ce que le processus CLIP (Consentement Libre Informé et Préalable) soit préalablement effectué avant tout début des initiatives. Ce processus CLIP veille à ce que les communautés locales soient libres de donner ou de refuser leur consentement à toute initiative et puissent être informées des détails.

Reconnaître réellement le rôle vital des communautés du fait de leurs connaissances du milieu et de leurs pratiques traditionnelles exige donc le partenariat local effectif, réduit les possibilités des initiatives extérieures sans consentement imposées aux communautés locales et renforce la légitimité des communautés locales sur l’idée des initiatives et sa mise en œuvre. Bref, nous disons tous vouloir améliorer les conditions de vie des communautés locales, mais le faisons-nous bien ? pour qui - réellement ?
Dr Appolinaire Razafimahatratra,
Spécialiste de la gestion communautaire des ressources naturelles renouvelables