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Gestion durable de la mer, us et coutumes, un tiercé gagnant à Kivalo

En ce mois de novembre, le soleil pointe son nez dès 5h du matin sur la plage de Kivalo. C’est un village entouré de mangroves à 12Km de vol d’oiseau au nord de Morondava. A cette heure, les hommes finissent de préparer leurs pirogues et leurs équipements pour mettre les voiles et aller pêcher en mer. C’est leur principale activité pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Pour ces pêcheurs, une journée type c’est pagayer pendant presque 3h pour arriver dans les zones poissonneuses. Leurs poissons approvisionnent les petits marchés des villages avoisinants jusqu’à Morondava. Ils gardent une partie du stock pour le fumage artisanal du soir même et pour le menu du jour à la maison. Enfin, leurs poissons nourrissent les touristes de passage, car Kivalo accueille des touristes depuis que l’écotourisme communautaire y a été lancé en 2017. 
Les ancêtres, également appelés les sages (Olobe en Malagasy) de Kivalo étaient tous pêcheurs raconte Rakotomanahira Justin, président de la communauté de base qui gère les ressources marines autour du village. En ce temps, « ils partaient à 4h du matin et étaient déjà de retour à midi, d’abord parce qu’il y avait du poisson à volonté pas loin des côtes mais aussi car ils respectaient beaucoup la mer et ne devaient pas abuser de ses ressources ». Au fil du temps, ceci a changé, à cause du changement climatique, des pratiques de pêche non durables et des chalutiers qui ont rendu les poissons moins abondants ; il faut aller beaucoup plus loin pour en trouver aujourd’hui.
A l’initiative de Justin, des horaires de pêche sont progressivement imposées pour réguler les flux et assurer la durabilité des zones poissonneuses de l’aire marine communautaire de Kivalo. 
Les pêcheurs sont encouragés à revenir au village au plus tard à 13h. De cette façon, ils infligent moins d’inquiétudes aux femmes et aux enfants qui attendent leur retour. Ils peuvent également participer aux différentes tâches pour le foyer et le village. Pour le bénéfice de la nature, ces horaires contribuent au renouvellement du stock. « Des fois, surtout en mois de mars à la réouverture de la saison, un pêcheur revient avec 100kg de crevettes par jour et se fait beaucoup d’argent » affirme Justin. « Mais si tous les hommes du village avaient cette récolte journalière, il n’y en aurait plus assez. » affirme-t-il avec sérieux. Alors, cette initiative est surtout un moyen de gérer durablement les ressources. Enfin, les pratiques des anciens du village, l’identité culturelle qui recommande le respect de la nature et empêche les abus sont doucement réintroduits dans les us et coutumes des villageois de Kivalo.
Gérant 5000 hectares de mangroves, les villageois de Kivalo sont responsables des forêts de mangroves parmi les plus préservées du delta de Tsiribihina, grâce au dynamisme des communautés locales. En 2019, les communautés y ont restauré 56 hectares de mangroves dégradées entre 2014 et 2020. Ils mettent en place des réserves temporaires de pêche et d’autres initiatives qui leur ont permis de bénéficier d’une subvention de 4000 dollars du Green grants fund en 2020.